Ce goût si âcre dans ma bouche qui me reste d’hier. Il y a à peine une semaine, ce fut encore un goût plaisant. Or, le temps, il déchire, il relativise, il met en perspective, comme un moulin qui ne cesse pas de mouler, les mémoires se trouvent éparpillées, minimisées par lui. Concept immonde que ce Dieu de Chronos qui nous fait frémir à chaque instant, car hier est inimitable et demain ne se planifie que difficilement, pendant qu’aujourd’hui… cet aujourd’hui qui me semble chaque jour n’être qu’une réflexion d’hier combinée avec une projection de demain, ne laissé-je le pas passer inaperçu, non consommé ? C’est là une chose beaucoup trop démonisée, la consomption. Consommer c’est avoir conscience du moment, laisser ses sens être envahis par ce qui est et non pas par ce qui ne sera que peut-être ou ce que le faux regard du romantisme laisse penser que fut jadis. Au bout de mes doigts puis-je compter les instants où critique et souci étaient loin de mes pensées, où, la tête vide, j’avais le cœur rempli. Des convulsions de bonheurs à la place de l’inertie effrayée. Si rares sont ces moments, si soif en ai-je tout le temps. Que se passe-t-il quand on laisse le fil du temps tisser son tapis ? On ne glisse plus, mais on n’est pas non plus empêché de marcher. Simplement, on marche plus confortablement. Je rince ma bouche, le goût âcre s’évade. L’instant me prend en main.

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