On se noie dans les larmes qu’on a retenues pendant des décennies. On en ressurgit, on respire fort. Le soleil se lève de par derrière l’horizon, les premiers rayons se posent sur le front. Cela fait du mal de fixer les yeux à cet horizon : gris, orange, jaune et puis bleu. C’est le rejet du figé, non seulement par les couleurs changeantes, mais aussi par l’incapacité de fixer le regard sur un seul endroit, par le hochement de la tête, par le bruit de l’eau, la réflexion de la lumière, plus forte toujours ; par la force de vivre tout court.

L’idée d’avoir été déjà sert comme argument pour une continuation, mais peut aussi être vue comme une raison de finir d’être maintenant. Et n’est-ce pas un sermon pleuré à soi-même, le péché originel et encore plus : la naissance comme faute impardonnable. Et quel paradoxe : la lutte contre l’oubli, quand tout ce qui est, est sale, plein de taches. Pleines de tâches banales, on les accomplies avec une apathie ne pouvant été éprouvé que par une espèce convaincue de ne pas mériter le plaisir. L’anhédonie comme châtiment, or : comment attendre le salut quand la seule personne qui peut l’apporter est en train de s’infliger une punition pour son existence ?

Une blouse, blanche, avec une tache rouge. Un front qui saigne. Des tapis persans… quel est leur état le plus naturel ? La saleté ou la beauté ? Une beauté que quelqu’un a voulu s’offrir, s’offir à soi-même. Un cadeau. Se rider sans rien faire et essayer pourtant d’oublier qu’on meurt. Y a-t-il d’autres tâches encore ?

Le miroir brise la lumière. On se regarde comme un tableau qu’on connaît, mais lequel on n’a jamais vraiment regardé de près. Et puis, cette altération immédiate qui surpasse notre imagination. La réalité nous rattrape, plus créatrice que notre fantaisie. Comme une chaise en cuir sur laquelle on s’assoit pour une prise de sang, après des centaines de litres analysés. On fait bien d’avoir le miroir derrière des rideaux. Comme ça, on les ferme et c’est fini.

Les rideaux s’ouvrent, il y a un cri aigu. Un bébé est né. À lui de décider par où il va. Sa destination, pourtant, n’est pas ouverte au choix.

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